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Archives pour novembre 2008

Piaff Piaff, cochon théâtreux

Alexandre Dumas raconte avec beaucoup d’humour l’histoire du cochon du théâtre de la Porte Saint-Martin. Monsieur Harel, directeur de l’endroit, était assez crasseux. Allergique à l’eau mélangée de savon, il l’évitait le plus souvent possible, et dégageait une odeur caractéristique. Dumas, en accord avec mademoiselle Georges, s’associa pour offrir au directeur, le jour de sa fête, un petit cochon tout rose et bien vivant. Couronné de diamants, orné de nœuds de pierreries et d’un petit bouquet au côté, le charmant mais remuant animal fut offert à l’intéressé. La scène se déroulait dans la salle à manger, et Harel, enchanté, s’empressa d’embrasser l’animal et de le placer sur une chaise haute, maintenu par une écharpe de mademoiselle George. Le porc fut baptisé du doux nom de Piaff-Piaff et bourré de friandises. Il devint l’ami du directeur, sa chose, son égal !

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Un jour de répétition, Harel vint vers Dumas, lui disant, enthousiaste : – Vous ne savez pas, mon cher ? J’aime tant mon cochon que je couche avec lui. Et l’auteur de répondre :– Je viens de le rencontrer, il m’a dit exactement la même chose ! Mais l’animal n’en fit qu’à sa tête… de cochon, et commit mille méfaits, dévorant une boîte de cigares ou le rideau de scène, et poussant même l’ourtrecuidance à quelque peu s’abandonner sur les toilettes de mademoiselle Georges !

 

Un tribunal de théâtre se réunit et rendit une sentence capitale. Un charcutier fut appelé et ses couteaux n’étaient pas des accessoires de théâtre ! Sentant l’approche de la mort, Piaff-Piaff hurlait, et Harel, se précipitant vers Dumas, l’interpella, fort inquiet :– Mais c’est mon pauvre Piaff-Piaff ! Puis, comprenant l’origine du bruit :– Mais on l’égorge, pauvre bête ! Et, après une pause :– Avez-vous recommandé au charcutier de mettre beaucoup d’oignons dans le boudin ?… J’adore l’oignon dans le boudin! Ite missa est.

Éleveur de fourmis

Albert Fournier, dans son merveilleux livre Métiers curieux de Paris, a conté avec talent l’étrange rencontre qu’il fit dans les années 1840, d’un ancien éleveur de fourmis. Le bonhomme au visage tatoué abritait sa boutique d’oiseaux en tous genres, de volatiles morts et consommables, dans une sombre cave de la rue Quincampoix. Dans la pénombre, sur une planche, l’écrivain put apercevoir quelques merles, des corbeaux freux, des corneilles, des grives, un bouvreuil ! Le braconnier, qui venait de se séparer de son guetteur, une gamine triste « et qui semblait avoir poussé entre les touffes de bruyère dans le jaillissement irrépressible de la vie », cessait son activité. Désormais, le pique-bois ne se vendrait plus sous le manteau. Pourtant quel ragoût délicieux ! (cuisson trois heures).

 

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En veine de confidence, le braconnier expliqua à son visiteur qu’il avait été autrefois éleveur de fourmis, dans une maison de l’impasse Guépine, près de la rue de Jouy, où il habita plus de quarante ans. Les ouistitis et les passereaux du Jardin des Plantes se régalaient alors de ses vers de farine. Dans une pièce surchauffée à l’aide d’un poêle rougi, il faisait pondre ses fourmis à volonté. Les œufs étaient ensuite envoyés dans les volières de Paris et d’Île-de-France. « De la qualité monsieur ! pas de ces pâtés industriels que l’on donne maintenant aux faisans qui, de toute manière, sont de plus en plus rares dans les châteaux ! »Du son, des carottes et de vieux chiffons suffisaient à faire éclore des œufs de papillons.

Un artisanat pittoresque et poétique complètement disparu du pavé de Paris. Mais, au fait, que mangent donc nos faisans du début du XXIe siècle ?

La mort qui roule…

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La danse macabre des femmes (1491)

« Quelquefois dans le cimetière des innocents, où cinquante mille têtes de morts sont rangées en amphithéâtre, il apparaît un prodige; c’est une tête de mort qui remue ou qui roule toute seule, et le peuple d’accourir. C’est un rat qui s’est logé dans le crâne, et qui ne peut en sortir aussi facilement qu’il y est entré. Sous ces charniers dont le coup d’œil est le plus effrayant qui soit dans l’univers, les rats vivent parmi les ossements humains, les dérangent, les soulèvent et semblent animer ce peuple de morts, qui montre à la génération présente la place qu’elle occupera sur ces gradins, où les débris de l’humanité sont placés, non plus selon les rangs qu’ils occupaient autrefois, mais d’après leur grandeur physique. Ils vont tous former la même terre calcaire. Oui, terre contre terre, pourrait dire le plus superbe potentat, en donnant la main à l’homme de la dernière classe. Mais où m’ont conduit les rats? » (Sébastien Mercier, Tableau de Paris).

 

 

Deux arcs et… au milieu…

On admirera cette photographie du 19e siècle : L’arc du Carrousel au premier plan, au fond l’arc de Triomphe et, barrant la paysage, les Tuileries. Un palais disparu que certains aimeraient bien voir reconstruire… Pas moi!

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Bestialité du temps jadis

De tout temps, certaines déviances ont été constatées chez les individus et d’assez nombreuses affaires de « bestialité » ont défrayé la chronique judiciaire. Nous appelons maintenant cela la zoophilie. Autrefois, les peines encourues étaient le bûcher, tant pour l’homme que pour l’animal, ce dernier « bien que dénué de raison et n’étant pas coupable, parce qu’il avait été l’instrument du crime ». Par « humanité », il arrivait parfois que le bourreau étrangle discrètement le condamné avant d’allumer le feu.

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Généralement, les sacs de pièces de ces procès « infâmes » brûlaient aussi dans les flammes et peu de documents authentiques nous sont parvenus. Heureusement, Simon Gueulette, procureur du roi au Châtelet de Paris, collectionna durant le XVIIe siècle les pièces imprimées des affaires judiciaires et prit une quantité de notes conservées aujourd’hui aux Archives nationales.

 

Nous pouvons lire ainsi qu’un jour il découvrit avec étonnement chez madame la marquise de Jarzé, qui venait de mourir rue des Trois-Pavillons au Marais, trois tableaux fort singuliers. Le premier représentait un coq au-dessus duquel était écrit :« Le beau-père de Vigeon. » Un autre figurait une poule avec plusieurs petits poulets qui mangeaient autour d’elle. Au-dessous on lisait : « La veuve de Vigeon et ses enfants. »

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Le troisième était le portrait non flatté de Vigeon : « dans le goût de Rembrandt, c’est-à-dire très noir, et, soit prévention du nom, il avait l’air patibulaire, aussi m’assura-t-on qu’on l’avait peint la veille de son exécution. Son visage était hâve, noir, sec, les yeux ternes, enfoncés, et des cheveux noirs hérissés, enfin sa physionomie des plus funestes ».
Au-dessus, était écrit :

« Je suis ce Vigeon que la foule
De pages, laquais et badauds
Vont voir mourir sur l’échafaud
Pour avoir caressé sa poule. »

Étranges tableaux que ceux-ci ! Le procès de Vigeon avait été instruit dans la première moitié du XVIIe siècle et la foule, moqueuse, s’était emparée de l’étrange fait-divers. On chanta aux coins des rues des refrains salaces et fort vulgaires qui amusèrent beaucoup le public parisien. Vigeon, ancien maître d’école et valet de chambre du duc de Grammont, convaincu de « bougrerie », fut condamné et brûlé.

« Lorsque Vigeon vit l’assemblée
Qui l’assistait dans son malheur,
D’une voix haute et non troublée,
Il lui dit : vous me faites honneur…
Vraiment ! voilà bien de la foule
Pour un simple fouteur de poule ! »

En 1609, c’est Françoise Henriette Le Large, la propre femme de Pierre Dupin, qui accusa son mari de « bestialité et sodomie détestable » avec une de ses vaches. Et elle entendit bien prouver ce crime grâce à plusieurs témoins du village de La Chapelle où se déroula ce drame. Ces personnes furent confrontées, mais le principal accusé nia tout en bloc. On croyait en rester là quand François-Joseph Dupin, le frère de l’accusé, réclama la « visite » de Pierre par un médecin et un chirurgien. Le prétexte de cet acte était peu flatteur, car ce frère si secourable réclamait la nullité du mariage de Pierre Dupin car il était « impuissant et inhabile à aucune copulation charnelle ». Ce dernier était pourtant le père présumé d’une jeune Françoise Henriette…Sur ordre de la justice, Pierre fut visité par deux hommes de science. Ils reconnurent qu’il était en état de « pouvoir connaître charnellement » mais non d’engendrer. On aimerait en savoir plus sur la nature de l’examen pratiqué !

Mais la « fille présumée » obtint une seconde visite par deux autres médecins. Ils examinèrent « meurement et à loisir » l’accusé durant deux longues heures et rendirent un avis en sa faveur, reconnaissant qu’il était capable de copulation charnelle « même qu’il était fort en état de pouvoir engendrer ». Le bailli de La Chapelle prononça une sentence de mort contre Pierre Dupin « convaincu d’avoir habité charnellement et contre nature avec une vache rousse mentionnée au procès ». La potence fut dressée sur la place du village et Dupin fut pendu. Quant à la vache, elle fut étranglée et brûlée avec le corps de son maître. Leurs cendres furent dispersées au vent.Le Parlement de Paris désigna la fille du condamné comme seule et unique héritière et débouta la femme et le frère de Pierre Dupin, mettant ainsi un terme à une sombre histoire familiale.

 

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L’archiviste brûlera dans les flammes de l’Enfer!

 

 

 

Emouvantes nouvelles d’un collectionneur d’autrefois!

Le gars Eric Poindron, dans son fameux « Cabinet de curiosités » (lien à droite) nous a concocté une petite surprise : le récit hallucinant des frasques d’un certain « Rodolphe Trouilloux », collectionneur de « petites femmes, vivantes ou empaillées »!

Comme ce lointain ancêtre, collectionneur nous sommes… Mais les petites femmes, nous les préférons dans toute leur fraîcheur et leur beauté!

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Au centre, les spécialistes reconnaitront sans peine Rodolphe Trouilloux, celèbre collectionneur malfaisant de « petites » femmes, vivantes ou empaillées. La Femme à barbe au dernier plan – ou plus exactement son buste – n’est autre que la célèbre Hélène Martinet dit la « comtessa », qui fut à la fois chanteuse à l’opéra comique – c’est en tout cas ce qu’elle se plaisait à raconter – et gargottière à Bercy le reste du temps.

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« Omnes Omnibus », la triste histoire d’un précurseur

Qui se souvient de Stanislas Baudry ? Peu de parisiens, pourtant, les voyageurs qui empruntent quotidiennement les nombreuses lignes de bus lui doivent beaucoup.

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Stanislas Baudry. A l’arrière plan,un cheval…


Stanislas Baudry naquit en Loire Atlantique en 1780, commença des études de médecine puis s’engagea finalement dans l’armée. Sous la Restauration, colonel en demi solde à Nantes, il acheta une minoterie dans le quartier de Richebourg et y utilisa la première machine à vapeur de la région, produisant un grand volume d’eau chaude.
Il ouvrit un établissement de bains tout à côté mais ne rencontra pas le succès. Baudry pensa alors que son établissement était trop éloigné du centre ville. Pour remédier à cela, il créa le 10 août 1826 un service de voitures reliant le centre de Nantes à Richebourg.
Les voitures de Baudry partaient de la place du Port-au-Vin, devant la boutique d’un chapelier nommé Omnes qui avait inscrit sur son enseigne : Omnes Omnibus (Omnes pour tous). Les voyageurs prirent l’habitude d’appeler les voitures Omnibus. Baudry l’adopta en 1827. Transportant seize passagers, les voitures étaient toujours pleines mais les bains restaient vides. Baudry les ferma ainsi que la minoteries et se consacra aux transports.
Baudry sollicita alors l’autorisation d’ouvrir des lignes semblables à Paris. Mais le préfet de police rejeta systématiquement ces demandes ,craignant que les voitures tirées par trois chevaux de front encombrent les rues étroites de la capitale.
Le 30 janvier 1828, le préfet de police Debelleyme donna enfin l’autorisation à Baudry d’ouvrir plusieurs lignes d’omnibus à Paris. Le 11 avril 1828, Baudry mit en service dix lignes de l’ « Entreprise Générale de l’Omnibus ». Des compagnies concurrentes telles que les Dames Blanches, les Favorites ou les Citadines suivirent rapidement…
25 centimes quel que soit la longueur du trajet… Les omnibus étaient destinés aux classes laborieuses, comme l’a précisé Baudry dans sa demande de concession. L’omnibus fera des émules à travers le monde, Londres et New York.
Mais une gestion malheureuse, la concurrence (en 1830, 10 compagnies administraient 40 lignes à Paris), le terrible hiver 1829 qui fit grimper le prix du fourrage et tue les chevaux par centaines, ruinèrent Baudry.
Il laissa un testament destiné à être lu à ses associés : « … une fatalité épouvantable s’est attachée à cette malheureuse affaire, et j’ai le chagrin, l’indicible tourment après m’être ruiné d’avoir compromis la fortune de plusieurs de mes amis. Je leur en demande pardon, mille fois pardon et je les prie même de croire que je ne pensais jamais faire une chose hasardeuse… »
Stanislas Baudry se tira une balle dans la tête en février 1830, puis bascula dans le canal Saint-Martin, quai de Jemmapes, devant les écuries de l’Entreprise Générale de l’Omnibus, dont il est était le directeur.

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Quelques lignes de son testament qui ne fut jamais déposé chez le notaire…

 

Il repose encore aujourd’hui au Père Lachaise, 37e division. Sur sa pierre tombale, on peut lire : « Stanislas Baudry, inventeur de l’omnibus en 1827 ».

 

Muni d’une mauvaise photographie et de la localisation de la tombe trouvée sur internet, je me suis rendu au cimetière du Père Lachaise pour retrouver la sépulture de Stanislas Baudry. La grisaille qui se déchirait parfois, laissait passer quelques rayons de soleil. J’ai cherché au milieu des pierres cassées, renversées, dans une partie du cimetière qui passe pour être une des plus anciennes.
J’ai enfin déniché la modeste pierre tombale de Baudry, cassée et reposant sur une souche d’arbre. Nul ne pourrait affirmer que cette dalle est à son emplacement d’origine. La petite zone, en hauteur, où elle repose, semble être totalement bouleversée.

 

C’est émouvant et bien navrant de voir cette tombe aussi abandonnée. Ne se trouvera t’il pas une institution capable de verser quelques euros pour sa restauration ? Nous devons au bonhomme qui repose sous terre, la création des omnibus et notre actuel réseau d’autobus en est un prolongement direct.
Stanislas Baudry est-il oublié ? Au moment même où je prenais quelques notes, un petit groupe s’approcha, guidé par un vieux monsieur, qui désigna la tombe par ces mots : « voilà la sépulture du fondateur des omnibus ».

 

Aidé par un ami des Archives Nationales (merci à toi vieux camarade!), j’ai pu consulter l’inventaire après décès de Stanislas Baudry. Il porte la date du samedi 27 mars 1830 et fut rédigé par le notaire parisien Guyet Desfontaines. Les héritiers du défunt étaient : son épouse Jeanne Elelonore Giberte de Pontchateau, demeurant à Nantes ; sa fille Eleonore Baudry, demeurant chez sa mère, mineure âgée de 17 ans et Edouard Baudry son fils. Ce dernier était « négociant demeurant à la barrière de l’étoile, hors paris commune de Passy ». Les notaires procédèrent à l’inventaire des biens au n°17 rue de Lancry, guidés par Jean Jacques Robinet « directeur gérant de la société des omnibus ». Ce dernier se hâta de précisier que les meubles de Baudry étaient tous la propriété de la société. Baudry laissait peu de biens personnels derrière lui : quelques vêtement, une montre cassée, une voiture, 15 francs dans un secrétaire.
C’est dans l’inventaire des papiers que se trouvent les informations les plus intéressantes. Tout semblait aller assez bien pour Baudry. Petit à petit, il rachetait les parts de ses associés. Mais l’affaire des terrains de Passy semble l’avoir jeté dans le précipice. Comme il en avait l’habitude, il avait créé en compagnie de quelques autres, la « Société des terrains de la plaine de Passy » dans le but avoué de construire un grand dépôt et d ‘y transférer la Société des omnibus. Il avait acquis pour cela plus de quatre hectares de terre. Avant le 23 février 1830, Baudry devait faire élever à ses frais, sur un hectare de ce terrain, des bâtiments d’une valeur totale de 250 000 francs, constitués de logements pour le personnel et de dépôts et écuries pour 120 voitures et 1000 chevaux ! En cas de non réalisation du projet, la Société des terrains de la plaine de Passy devenait propriétaire des quatre hectares. Tout cela était accompagné de plusieurs clauses assez contraignantes et difficiles à réaliser financièrement en cas d’abandon de la construction ou de réalisation partielle.

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Première page de l’inventaire après décès de Baudry

Baudry avait acheté ces terrains de plus de quatre hectares pour 172 800 francs qu’il devait payer en une seule fois à la société de Passy en l’étude de Me Thifaine Desanneaux le 23 février 1839. Il devait régler à partir de 1829 les intérêts à 5% de six mois en six mois. Et cela, les terrains construits ou non.

Ses affaires tournèrent au vinaigre et Baudry se ruina. Un plongeon dans le canal acheva la vie de cet homme ingénieux et entreprenant.

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Gisant parmi les feuilles mortes, la pierre tombale de Baudry

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« S. BAUDRY / Fondateur / des omnibus / en 1827 / Mme Eléonore BAUDRY / sa fille / veuve ESMEIN / décédée / le 6 novembre 1888″

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Une « Batignollaise »


Une compagnie concurrente : les « Batignollaises ».

Les mines effarées des voyageurs laissent penser qu’il ne faisait pas très bon voyager dans les voitures-omnibus de la compagnie Constant. Pourtant, on chantait vers la même époque sur l’air du «Vaudeville de l’écu à six francs» :

 

Vous qui voulez rire à votre aise
Et dont le goût est campagnard,
Prenez une Batignollaise
C’est bien plus gai qu’un corbillard
La docile Batignollaise
Atteignant l’but qui vous séduit,
Au Pèr’ la Thuile vous conduit
Et l’autr’ vous même au Père-Lachaise.

 

Les Batignollaises commencèrent à circuler vers 1830 des Batignolles au cloître Saint-Honoré. Toutes les dix minutes, de sept heures et demie du matin jusqu’à minuit, pour 6 sous, prix un peu plus cher que les autres compagnies « à cause de la côte des Batignolles qui obligeait pour cette montée à ajouter un cheval », on pouvait s’installer dans la voiture comportant trois compartiments : le coupé, l’intérieur et la rotonde. L’intérieur ne comprenait que dix-sept places plus un strapontin. Assis sur des sièges peu confortables, ballotés dans les cahotements et les vibrations du voyage, nos ancêtres vivaient déjà l’enfer angoissant des transports en commun. Flamand Gretry, dans son Itinéraire historique de la vallée de Montmorency remarquait : Ces voitures ont contribué et contribuent encore à la prospérité du pays; elles se font remarquer par la manière dont elle sont conduites, par la régularité et l’exactitude du service ( … ) Les Batignollaises traversent le quartier le plus central et le plus agréable de Paris ( … ) Cette entreprise, qui est très bien dirigée par monsieur Constant, est d’une grande importance pour les habitants de cette commune, en ce que les voitures partent de Paris après la sortie des princi-paux théatres, tels que le Français, l’Opéra-comique, le Vaudeville, etc. Elle emploie une voiture qui, de Batignolles-Monceaux, conduit d’heure en heure au port de Saint-Ouen et correspond avec le service de Paris. Cet établissement, est formé par une société en commandite, qui a fait construire à ses frais tous les bâtiments et autres objets nécessaires à son exploitation pour lesquels elle a employé environ 200.000 Fr. Le matériel de cette exploitation ne consiste qu’en six voitures, et pour lesquelles cependant elle emploie près de soixante chevaux. Près de trente individus, tant employés que conducteurs, cochers et palefreniers, y trouvent leur existence. Un décret impérial du 22 février 1855 amena la fusion de la plupart des compagnies sous la dénomination d’entreprise générales des omnibus. Les Gazelles, les Excellentes; Hirondelles parisiennes et autres voitures aux noms romantiques cessèrent alors de circuler dans la capitale.

Eradiquer l’insalubrité!

Hier soir, rue des Poissonnniers, dans le 18e, j’ai eu la surprise de lire sur un panneau affiché sur un immeuble promis à la démolition : « éradication de l’insalubrité ». Ce panneau a été apposé par les services de la Ville de Paris qui construiront à cet emplacement un immeuble « propre », comme elle l’a déjà fait dans ce quartier. Cet immeuble est il « insalubre »? Peut-être… Le quartier du Marais l’était aussi après la seconde guerre mondiale. Récurés, nettoyés, « restaurés », les mêmes taudis insalubres valent aujourd’hui des fortunes.

« Insalubre » : un adjectif bien pratique. Des quartiers entiers ont été rayés de la carte grâce à celui-ci…

Bientôt : Le « Grand Paris », ville propre, avec ses tours et ses façades lavables au jet. Bon courage m’sieurs dames…

 

INSALUBRE, adj.

 

A. − Malsain, nuisible à la santé. Aliment, appartement, climat, maison, quartier insalubre; industries, usines insalubres. Réaliser la rénovation des îlots insalubres, afin de faire disparaître les taudis
(Fonteneau, Conseil munic., 1965, p. 14) :

Sur les murs des taudis, plus sombres encore et plus humides que ceux de Lisbonne, et grouillants d’enfants nus, on avait apposé des écriteaux : « Insalubre. Défense d’habiter ici… »
Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 90.

B. − Au fig. Dangereux pour la santé mentale, morale. Michelet, − un des écrivains les plus insalubres, les plus funestes à la santé de l’esprit public (Sainte-Beuve, Poisons, 1869, p. 112).
REM.
Insalubrement, adv. ,,D’une manière qui n’est point salubre. Être logé insalubrement«  (Littré).

 

Prononc. : [ε̃saly:bʀ̥]. Att. ds Ac. dep. 1798. Étymol. et Hist. 1505 (Didier Christol, Platine en francoys, 74 vo d’apr. Arveiller ds Mél. (J.) Séguy, p. 69) − 1611, Cotgr.; à nouv. au XVIIIe s. (1782, Mercier, Tableau de Paris, t. 2, p. 345). Empr. au lat. insalubris « malsain, insalubre ». Fréq. abs. littér. : 38. Bbg. Gohin 1903, p. 315.

 

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Ce merveilleux livre est déjà un document. Bientôt, il sera aussi étrange et éloigné de nous que le « livre des morts » des Egyptiens. C’était Paris, des clodos, des rues sales et des immeubles « insalubres »!

 

Monsieur le Maire de Paris n’aime pas les vieilleries…

Bien sûr, on ne peut pas raser un entrepôt intéressant pour le patrimoine aux Batignolles, autoriser le « démontage » d’un hôtel particulier du 19e siècle rue de Sèvres et avouer en même temps un amour immodéré pour les tours. Comme chacun sait, ces dernières ont prouvé depuis longtemps leurs qualités : elles font de l’ombre les jours de grande chaleur, sont très écologiques et surtout, sont très humaines. Elles favorisent la mixité sociale (dans les ascenseurs, c’est déja pas mal) et sont d’une beauté insoutenable.

Allez, allez, virez-moi toutes ces vieilleries insipides et sales! Les touristes viendront dorénavant admirer nos tours plutôt que tous ces vieux machins…

 

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Article puisé dans l’édition du Canard enchaîné du 12 novembre 2008

Merci!

10000!

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