Tel qu’il fut : Eric Moindron, persécuteur de mon ancêtre…

Après la publication sur le site du respectable Eric Poindron, de révélations sur le comportement ahurissant et scandaleux d’un mien ancêtre : Rodolphe Trouilloux, j’ai convoqué un conseil de famille dans mon cabinet de curiosités. Pour rétablir toute la vérité, même si elle n’est pas entièrement bonne à dire, Raymonde, Arsène, Ludivine, Anselme Trouilloux et moi-même (qui ne suis pourtant qu’un cousin bien éloigné) avons décidé de révéler à la face du monde, grâce à de précieuses archives toujours inédites, le comportement étrange et souvent indigne de Eric Moindron, persécuteur de notre ancêtre mais néanmoins inventeur de talent.

C’est en 1894, le 18 mai exactement, que Rodolphe Trouilloux fut abordé sur l’impériale de l’omnibus Batignolles-Clichy-Odéon, par un individus bien mis, souriant, chauve et aux petites lunettes cerclées d’or. Il se présenta en offrant un Bristol : « - Eric Moindron, président des « Explorateurs du subconscient ». J’ai lu vos livres. Vous me faites l’effet d’être un homme sérieux, compétent et sincère. Nous nous réunissons demain au Café des aveugles, Péristyle de Beaujolais, Palais Royal. Rien que des amis partageant nos convictions. » Et en descendant les marches du petit escalier de fer de l’omnibus, il termina par ces mots : –  » demain, vingt heures, venez, je vous attends! ».

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Le voilà, le visage du crime!

Le lendemain, alors qu’une petite pluie printanière couvrait de son onde la Ville lumière, Rodolphe se présenta à l’entrée du Café des aveugles. Ce rendez-vous l’intriguait beaucoup, car ce vénérable établissement était connu pour abriter les manigance de quelques gouapes et favoriser le commerce de l’impure à deux sous. Il descendit un infâme petit escalier et parvint au sous-sol. Là, une accorte limonadière lui retira son paletot tout en lui désignant du menton la direction de la salle.

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Voici publiée pour la première fois, un document inédit et troublant : la seule photographie connue du groupe des « Explorateurs du subconscient », baptisé plus laconiquement de « gang des chapeaux melons », par les services de police. Ces dix individus en goguette venaient de mettre au point leur immonde forfait. Il devait le mettre à exécution le lendemain même, à la nuit tombée. Pour marquer sa domination sur le groupe, Eric Moindron, agile comme un singe, était monté dans l’arbre.

 

C’était là le repaire du stupre et de l’anarchie. A côté d’une grande pièce, des sortes de renfoncements, cabinets particuliers qui semblaient creusés à même le roc, abritaient ordinairement des couples en débauche. Sur une scène, en fond de salle, une dixaine d’aveugles musiciens, enchaînaient des rengaines, scies populaires qui servaient plus à couvrir de leurs fausses notes les éclats de quelques lascivités qu’à flatter les oreilles des mélomanes.

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Découverts au cours d’une fouille de sauvetage d’un parking de Glacient sur Beuvron, ces deux complices d’Eric Moindron. Planqués depuis trois jours dans une cachette spécialement aménagée par leur patron, ces deux malheureux tentaient de découvrir l’incommensurable secret de Rodolphe Trouilloux. Couverts d’une doudoune pourtant très efficace, ils ont été raflés par la camarde dans une posture peu confortable et déshonorante. On admirera le pot de chambre placé entre les deux dépouilles. C’est un exemplaire rarissime de « récipient aux ordures », invention du gars Moindron présentée lors de l’exposition universelle de 1878 (prix d’estime, 3e classe, 2e catégorie).

Mais ce soir, rien de cela. Un silence de mort rêgnait dans ces lieux. Disposés en cercle, de sombres personnages, vêtus chacuns de redingotes prunes et coiffés de chapeaux melons, attendaient en silence. Eric Moindron était l’un d’eux. Il accueillit le nouvel arrivant et l’invita à s’asseoir : - »merci, cher ami, d’avoir répondu à cette invitation. Nous allons pouvoir commencer. » Après avoir dégusté une rasade de Clacquesin et s’être éclairci la voix. Moindron continua : « Messieurs, je n’ai pas à vous présenter Rodolphe Trouilloux, vous connaissez comme moi l’immortel auteur de ce fameux guide : « Paris insolite et secret », et vous avez pu apprécier, comme moi, la richesse de ses connaissances, de son style et de son remarquable humour.

Rodolphe était rouge de confusion. Etait-il venu dans ce lieu sordide pour quelque dédicace?

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Réclame

Moindron poursuivit : - »Mais cet auteur remarquable est beaucoup moins connu pour son ouvrage de référence : « Crue ou cuite, la femme » et surtout son étonnant « petites femmes, vivantes ou empaillées », un manifeste en forme d’hommage au corps féminin. Grâce à ses travaux, nous allons pouvoir enfin créer notre musée de la femme, grand oeuvre utile et universel ». J »étais abasourdi. Le Président de cette étrange séance fit alors circuler parmi l’assistance, de vilaines cartes postales marquées du sceau du « Musée du féminisme »! Femme-tronc, corps dénudés, et une étrange vitrines renfermant une collection inouïe d’yeux de verre présentés ainsi : « les yeux de femmes dans toute leur beauté sont comme des fenêtre ouvertes sur l’infini »! Un Clacquesin bien frais me rasséréna. Je voulais fuir, quitter ces lieux et cette assemblée indigne de l’espèce humaine… Quand mon voisin de gauche, gros homme à favoris, me dit tout de go : « ne partez pas, ou il vous en cuirait ». Dans le même temps il me montrait discrètement, cachée dans une poche intérieure, une dague très effilée…

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Le Président Moindron fit distribuer alors une feuille indiquant l’adresse suivante : « Liane des Méandres, 8 rue de Prony, Paris 17e (Monceau) ». Il s’agissait donc d’enlever une de nos plus jolies comédiennes, l’immortelle interprête des « Psaumes de la mélancolie », et de « Pas de ça ici! ». Mon idole! Celle dont je serrais avec tendresse et passion une photographie dédicacée ainsi : « Pour mon gros Loulou, sa Lianette sui l’adore »!

 

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Liane des Méandres, dans une oeuvre inspirée du peintre Alcide Choumaillard : La vérité sort du puits ou « couvrez-vous madame! »

Rendez-vous fut donné le soir-même à minuit dans le quartier de la Plaine Monceau, au n°4 rue de Prony, dans un terrain en friche. Nous devions tous porter un loup de velours noir et un haut de forme en signe de ralliement. L’enlèvement de Liane était prévu pour une heure du matin, moment le plus propice, quand les domestiques dorment et que les rues de quartier huppé ne livrent plus le passage qu’à des courants d’air…

Mais Eric Moindron, chef de cette redoutable bande, n’avait pas prévu qu’un homme allait se placer en travers de son chemin, et mettre ainsi en péril son projet criminel et diabolique : Rodolphe Trouilloux, défenseur de la femme et de son honneur!

 

(à suivre)

 

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