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Archives pour novembre 2009

Une patate chaude : la Commune de Paris!

Un article léger et un peu rapide, comme il se doit dans ce genre de presse. On y met essentiellement l’accent sur l’argent. Comme d’habitude, on explique tout par le déficit… Mais la perte pour la culture, où est-elle?

Comme d’habitude, les politiques, qui ne comprennent décidément pas grand chose à l’histoire locale, voudraient faire de ce lieu un musée dédié à la Commune. Et pourquoi pas au Sacré-coeur ou au Moulin-rouge?

La Commune de Paris, voilà une période intéressante pour faire passer des idées, tout en négligeant complètement l’objectivité historique… Il faudrait peut-être que nos politiques réalisent que les français, en ces temps de crise et de déprime ambiante, aimeraient bien qu’on leur parle d’autre chose que de conflit et de batailles rangées.

Rappelons que la Commune de Paris a été, avant toute chose, une guerre civile entre français. Les barricades, c’est peut être pittoresque mais ça sent les combats et la mort.

Et qu’on ne me dise pas que je suis anti communard!

Paris incendié a été une horreur, la semaine sanglante a été une horreur. De la misère, du sang et des larmes dans chaque camp, voilà la Commune! Pas de quoi pavoiser. Une salle de Musée présentant les faits objectifs, d’accord, mais un musée entier…

Avec, peut-être, une reconstitution de barricade dans la rue Cortot?

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Le garçon de bains des Batignolles!

 

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15 février 1891 : Extrait du Progrès illustré (Lyon) :

 

« On a annoncé la mort d’un descendant direct de Jeanne Hachette, l’héroïne de Beauvais, le nommé Hachette, de Monfer, qui était aide-jardinier. Sa famille avait occupé un haut rang. Il y aurait un bien curieux travail à faire sur les décadences de ce genre. Une des maisons de la rue d’Argout, à Paris, avait naguère encore pour concierge, un Michel de l’Hospital, descendant direct du fameux chancelier. Un Malesherbes authentique a été cocher de fiacre. Un frère d’Iturbide, l’empereur du Mexique (qui fut exécuté comme devait l’être Maximilien) était cabaretier à Asnières, il y a une trentaine d’années. Il avait servi pendant quelque temps, en qualité de dragon dans l’armée pontificale. Je citerai enfin le cas tout aussi extraordinaire du frère d’un ancien rajah de l’Inde, dépossédé par l’Angleterre et qui, après toutes sortes d’aventures et mésaventures, était allé s’échouer aux Batignolles, où il gagnait sa vie en qualité de garçon de bains !

 

Il supportait admirablement sa misère, soutenu par l’espoir d’une revanche de la destinée.« 

 

Paul Clairefont

 

Spécial copinage : « Petite rencontre »

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Avec Perrine Dauger et Jean Grimaud. Bon… Je les connais un peu… Oui, peut-être…

Bon… Je les connais un peu beaucoup… Mais ce sont d’excellents comédiens!

Alors, faites comme moi, allez les voir et les entendre!

Une petite, mais très jolie rencontre!

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28 novembre : tous au Musée de Montmartre!

Une bonne occasion de visiter le Musée de Montmartre et de se rendre compte par soi-même de la perte irréparable provoquée par sa fermeture!

Nous ne pouvons, ne de devons pas l’accepter!

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Revoir Jacquemont!

Pour voir en ligne le film souvenir du « Voyage sans retour de Victor Jacquemont, cliquez sur le lien dans la colonne de droite!

« Mon plus beau film présente VICTOR JACQUEMONT « le voyage sans retour »

Balade Théâtrale co-production Festival du Rififi aux Batignolles-Compagnie Clarance. »

Textes de jean Grimaud et Rodolphe Trouilleux.

Réalisation Guillaume lévis »

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La dimension culturelle du Musée de Montmartre…

La Mairie de Paris n’a fait attendre ni le public, ni la presse, pour faire savoir, dans un communiqué daté du 12 novembre, que : « En ce qui concerne l’Hôtel de Rosimond, siège actuel de l’association- société du Vieux Montmartre et son Musée – et l’hôtel Demarne attenant, la Ville propose également de lancer, dans les mois suivant la fin d’activité, un appel à projets privés pour la reprise des lieux. Ces projets devront présenter une dimension culturelle, en lien avec l’arrondissement. »

Pourquoi donc chasser une association « privée » comme le « Vieux Montmartre » et présentant « une dimension culturelle, en lien avec l’arrondissement » pour caser un organisme tout aussi « privé » et devant accomplir la même mission culturelle ? Mystère…

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Angle rue Saint Vincent et rue du Mont Cenis… Autrefois!

Mystère ? Oh, pas vraiment, on peut penser, comme votre serviteur, que ces merveilleux bâtiments une fois vidés de leurs occupants, la Ville de Paris se chargera de laisser filer la situation, négligeant tout entretien des locaux – comme elle en a la détestable habitude – et que ces lieux, une fois dégradés, peut-être squattés, seront alors mis en vente. Le prix du mètre carré – justifiera alors cette cession à des promoteurs, qui feront de ces bâtiments un carré réservé pour propriétaires chanceux, « typical of Mountmartreux ».

Fi de la dimension culturelle du Musée de Montmartre ! Quelle dimension culturelle ? Quoi ? Carco, Dorgelès, les impressionnistes, Renoir, Le Moulin de la Galette, et même – même ! – le Sacré-Cœur ? Connais pas…

Le grand problème dans cette histoire semble être, une fois de plus, l’ignorance de certains décideurs qui n’ont, probablement, jamais posé leurs augustes pieds sur le sol de la Butte. Ils croient peut-être que Montmartre se résume à la place du Tertre et à tout son attirail de souvenir « made in China » ? Un reportage diffusé la semaine dernière sur une chaîne de télévision montrait les nombreux peintres chinois chargés de barbouiller des toiles « authentiques » figurant les coins les plus célèbres de la Butte…

Depuis toujours, le Musée de Montmartre forme justement, une sorte de « contrepoids » à toute cette marée touristique de pacotille. Pour qui veut la véritable – et passionnante – histoire de ces lieux, il suffit de pousser la porte de la rue Cortot. Là, les parisiens, les provinciaux, et les touristes, bienvenus, peuvent appréhender la véritable dimension artistique et spirituelle de Montmartre.

Une mauvaise gestion est reprochée aux administrateurs du Musée. Ah ?

Pourtant, et je cite la réponse à la dépêche envoyée par ces mêmes administrateurs : « La Mairie, en tant que membre de droit, est titulaire de 4 sièges à notre Conseil d’Administration ; or les réserves sur la gestion, exprimées aujourd’hui, n’ont jamais été formulées en Conseil. »

Dans le même temps, la Mairie refusait d’accroître sa subvention, modeste, de 40 000 € plus la compensation du loyer qui est dû à la Ville.

Un peu légère, cette Mairie de Paris qui, courant 2009 fit trois propositions successives contradictoires :

En février, devant la situation financière difficile : « Procédez à une liquidation judiciaire ».
En mars : On va vous aider (report du paiement du loyer) et étudier une solution pour pérenniser le Musée : gestion déléguée, transformation en Musée municipal ou augmentation de la subvention.
Et enfin fin octobre, après sept mois de silence : On vous coupe les vivres, donc nous vous suggérons une dissolution volontaire.

Un grand numéro de danse administrative, digne des plus beaux cancans Montmartrois !

Pourtant, pourtant, dans le communiqué de presse cité plus haut, la Ville se dit prête « à reprendre à tout moment contact avec l’Association pour étudier un plan de redressement sérieux ».

Pourquoi cet énervement, alors ? Mettons-nous autour d’une table et discutons, comme l’écrivent les responsables du Musée : « Si ce plan devait passer par la solution du repreneur privé, avec la clause de dimension culturelle qu’elle évoque, l’Association le Vieux Montmartre serait d’accord pour incarner cette référence culturelle avec ses collections et son Musée classé Musée de France. »

La mémoire des lieux, la littérature, la peinture et toute la foule des oubliés de la Bohême exigent que nous fassions le nécessaire, voire l’impossible, pour sauver une fois de plus ce lieu magique et magnifique : le Musée de Montmartre.

Rodolphe Trouilleux

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Les petites gens du Maquis de Montmartre

1960 : on inaugurait le Musée de Montmartre!

Quelques images de l’inauguration du Musée de Montmartre, quand les élus ne considéraient pas encore ce lieu comme trop ringard!

 

1960 : on inaugure, 2010 : on ferme! Un curieux anniversaire en vérité!

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Pour voir le film, colonne des liens à droite

LAISSERONS-NOUS DISPARAITRE LE MUSEE DE MONTMARTRE ?

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La façade du Musée de Montmartre et ses abord, par Claude Charpentier

Communiqué du Musée de Montmartre :

 

LAISSERONS-NOUS DISPARAITRE LE MUSEE DE MONTMARTRE ?

 

Le Musée de Montmartre, patrimoine des Montmartrois, risque de mourir par la volonté de sa tutelle, la Mairie de Paris, qui vient de décider, sans préavis, de lui couper toute subvention.

 

Installé au 12, rue Cortot à Paris 18ème depuis 50 ans, par la Société du Vieux Montmartre, association née en 1886 et reconnue d’utilité publique en 1967, ce Musée associatif, devenu Musée de France en 2003, va attirer, cette année, avec ses 6000 œuvres d’art et objets de collection, plus de 50 000 visiteurs venant de France et de l’étranger.

 

La Société du Vieux Montmartre et son Musée sont donc condamnés à disparaître faute de subventions si nous laissons faire la Mairie de Paris, privant ainsi pour toujours Montmartre et les montmartrois de leur Association et de son Musée, et donc de leur histoire.

 

C’est le cœur et la mémoire de Montmartre que l’on va tuer.

 

Mobilisons-nous pour que nos élus parisiens (Mairie du 18ème et Mairie de Paris) reviennent sur leur décision.

 

Pour vous opposer à la mort de notre Musée, merci de signer cette pétition.

 

Le Comité de soutien du Musée de Montmartre : sauvonslemusee@museedemontmartre.fr
savemuseum@museedemontmartre.fr

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Promenade des membres du « Vieux Montmartre », 27 mai 1888

POUR SIGNER LA PETITION : VOIR DANS LA COLONNE DES LIENS A DROITE :

« SAUVONS LE MUSEE DE MONTMARTRE »

PRESENTATION DE L’ASSOCIATION « Le Vieux Montmartre » ET DU MUSEE

La Société du Vieux Montmartre a été fondée en 1886, déclarée en tant qu’association en 1934 et reconnue d’utilité publique en 1967. Parmi ses activités, elle gère le Musée de Montmartre, un Centre Culturel et édite un bulletin faisant état de ses recherches.

Depuis 1960, le Musée est hébergé dans des bâtiments de la Ville de Paris dont la Société est locataire. Depuis 2003, le Musée de Montmartre bénéficie du label Musée de France.

 

La Société a constitué au fil des années une collection de plus de 6 000 œuvres d’art : peintures, sculptures, objets d’arts, estampes et photographies inscrites aux inventaires, illustrant l’histoire du quartier ou exécutées par des artistes montmartrois.

 

Elle est également riche de fonds spécifiques évalués à 100 000 documents dont, notamment, celui consacré à la chanson française.

 

« Au regard de la gestion des collections. Il peut être donné acte de l’indéniable intérêt pour l’histoire de la Butte, des collections rassemblées et de la légitimité de l’existence d’un musée dont elles constituent le potentiel. »
rapport d’audit, p.2, décembre 2007, diligenté conjointement par la Mairie de Paris et la DMF.

 

L’hôtel de Rosimond, qui constitue le Musée proprement dit, est une des plus anciennes maisons de la butte, lieu de villégiature dès 1680, du comédien de la troupe de Molière Claude de la Rose dit Rosimond.

 

Cette maison est transformée au 19ème siècle en ateliers d’artistes : Auguste Renoir, le plus célèbre d’entre eux, y eut son atelier et y réalisa des toiles majeures, parmi lesquelles « le Bal du Moulin de la Galette », « la Balançoire » ou la « Danse à la ville ». C’est là, également que travaillèrent, notamment : Emile-Othon Friesz, Raoul Dufy, Suzanne Valadon et son fils Maurice Utrillo.

 

Tout visiteur du Musée reste marqué par l’enchantement qui émane de ce bâtiment et de son jardin, dominant les vignes de Montmartre et le jardin sauvage.

Une nouvelle : L’Paul, le routeux

J’avais écrit pour mes amis de la Librairie L’Astrée, dans le 17e, cette petite nouvelle aux relents autobiographiques. Elle a été publiée dans le recueil « La route en toutes lettres », édition de la « Maison bleue ». La voici maintenant sur le blog, accessible à tous.

L’Paul, le Routeux

 

Occupé dans la cave à trier des vieux cartons, j’ai entendu un crissement régulier sur les graviers du jardin, des pas décidés sur les trois marches du perron, le grincement de la porte d’entrée suivi d’un piétinement, dans la cuisine située juste au-dessus de ma tête. Parmi des milliers de pas, j’aurais reconnu les siens, traînants et languissants sur les tommettes écaillées, près de la cuisinière. Je levais la tête, ne sachant que faire. Les mains sales, pas lavé, tout nu sous ma blouse de toile grisâtre, je n’avais vraiment pas fière allure pour des retrouvailles.
Elle devait bien deviner que j’étais là. Pourquoi ne descendait-elle pas, elle qui connaissait si bien mes habitudes ?
Voulait-elle faire la fière et me faire bien sentir que si elle était revenue, ce n’était pas pour moi… Qu’elle saurait s’imposer à nouveau ?
Je ne savais que faire… Une vieille chaise au paillage éclaté reçut mon postérieur puis, le corps penché en avant, je frottais mon visage dans mes mains sales.
Bon sang ! Cela faisait combien de temps qu’elle était partie sans prévenir, sans un vêtement de rechange, sans un mot ? Elle ne m’avait même pas laissé un papier froissé au bout d’une table, du genre : « tu es vraiment trop chiant, je me casse ». Rien, que du vide, du silence, des assiettes sales dans l’évier. Et pourquoi ? Nous ne nous étions même pas engueulés…
Au bout de vingt ans de mariage, à défaut d’enfant, elle avait pris un chat, une petite bête toute blanche, tranquille, qu’elle caressait à ma place. Nos vies étaient devenues parallèles, sans surprise.
De l’espèce de communion qui soudait notre couple les premières années, ne restait rien, ou plutôt, si, des photographies accrochées au miroir de la cheminée du salon un voyage à Vienne (nous deux mangeant un gâteau au café Sacher) ; une étape du Tour de France (nous deux avec le maillot jaune) ; un soir chez Maxim’s (nous deux à table, à côté d’un maître d’hôtel guindé). En somme, pas grand chose, quelques souvenirs fugaces que nous gardions dans un coin de notre tête commune, dans cet espèce d’espace mental que nous partagions et où nous classions tout ce qui constituait notre vie de tous les jours : des joies, des raisons d’espérer, des moments – heureusement assez peu nombreux – de tristesse, des emmerdements et généralement tout ce qui pouvait aller dans le pot commun d’un couple.

 

Son pas est plus lourd qu’à l’ordinaire : elle doit être bien fatiguée.

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Des mois… Peut-être plus d’un an. Je l’ai vu enfourcher son vélo en sortant de la grange. Elle avait pourtant l’air de bonne humeur. Une robe légère…bleue ? Oui, c’est ça. Ses cheveux dénoués flottaient librement de chaque côté de son visage et j’ai aperçu son sourire et le petit signe de la main à Julien, le plombier qui venait réparer la chasse d’eau… « Un jour je partirai, j’irai sur la route » m’avait t’elle dit tout de go, sans hésitation… J’avais pris ça pour une boutade. Je croyais qu’une fois de plus, elle faisait allusion à « l’Paul », son arrière grand père colporteur. Quand elle était petite fille, dans la maison familiale de Voiron, dans l’Isère, elle avait déniché au grenier une boîte en bois, un très bel objet dont le devant se rabattait, libérant plusieurs tiroirs. Elle avait extrait de ceux-ci des petits cahiers, quelques photos et des bricoles puis en avait parlé à son père, qui avait descendu la boîte, et qui l’avait regardée avec elle, très ému.
Cette « Marmotte » – c’était le nom de la boîte – avait appartenu à Paul Viguier, l’arrière grand père de Julie. Pour le monde c’était « l’Paul », colporteur de son état, un grand bonhomme, très costaud, qui parcourait les Alpes dès que cela lui était possible.
L’hiver, quand Les activités agricoles et pastorales tournaient au ralenti, il partait La marmotte en bandoulière, quittait sa femme, ses petits, pour gagner la graine. Il devenait « routeux » pour quinze jours, un mois, parfois deux. Dans sa marmotte, sa « boite à trésors », le montagnard trouvait plein de choses indispensables : des lunettes, des dés à coudre, des ciseaux, des bagues fantaisie, des alliances en cuivre, des almanachs à images, ou des foulards, des rubans, de la dentelle, du fil à coudre et à broder et des aiguilles. D’une année sur l’autre il prenait aussi les commandes et s’alourdissait parfois un peu trop. Mais il savait qu’au bout du chemin un œil brillerait, une bouche se fendrait d’un large sourire, et que certains foyers, un peu plus accueillants, lui donneraient une lichette de leur soupe, au coin du feu, avec un petit bout de pain. Ces moments de partage, c’est ce que « l’Paul » désirait le plus au monde. C’était un bonhomme ardent, assoiffé de fraternité. Comme il savait écrire, ou à peu près, il avait noté ses voyages et ses sentiments sur des cahiers retrouvés dans la boîte. Les photos, c’était lui aussi, et cette alliance de cuivre, c’était la sienne. Quand Julie fut grande, elle transcrivit l’intégralité des cahiers de « l’Paul » et puis partit à sa rencontre – plus d’un siècle et demi après – sur les chemins qu’il avait empruntés, frappé aux portes des mêmes maisons, rencontrant parfois les descendants directs des clients de l’ancêtre. Au cours de ses pérégrinations, elle fut souvent accueillie chaleureusement et partagea, elle aussi, la soupe, le pain.
Quand ce grand voyage fut terminé, elle en fit un livre, l’envoya à un éditeur puis à un autre, à deux, à trois, à quatre… Mais les refus – souvent motivés bizarrement – furent systématiques. Et puis, un journaliste du Dauphiné Libéré vint la voir. Il avait entendu parler de son manuscrit par un collègue : voulez-vous être publiée en feuilleton dans mon journal ? Oui ? Oui !
Alors, cela démarra doucement. Julie reçut une première lettre, une autre, puis une suivante, fut invitée dans une radio locale, à FR3, et un éditeur la publia !
« L’Paul » devint célèbre dans la France entière.
Le livre marchait si bien que Julie arrêta de donner des cours…
Après un moment de légèreté (l’argent nous brûlait les doigts) la vie quotidienne devint plus difficile. Julie partait souvent pour répondre à l’invitation d’une librairie organisant une signature. Elle donnait aussi des conférences. Moi aussi, j’avais été interviewé ! Un magazine littéraire avait voulu montrer à ses lecteurs le mari d’un auteur à succès. On m’avait photographié dans les champs, sur mon cheval, dans ma cuisine et même dans ma cave. Si je ne les avait pas freinés, je crois qu’il m’auraient immortalisé sur la lunette des chiottes…
L’Paul a tellement pris d’importance dans notre couple qu’il a fini par y prendre la deuxième place, c’est à dire la mienne. Je bouffais du colporteur à tous les repas, je me lavais les dents avec lui, je respirais le même air que lui et, comme de juste, il s’insinua dans notre lit. Oh, très chastement ! Mais, avant de nous endormir, Julie trouvait toujours le moyen de glisser dans la conversation : « à propos, on m’a demandé une photo de L’Paul, untel m’a téléphoné : il voulait connaître la couleur des yeux de L’Paul, un journaliste m’a dit que… Bidule de la télé m’a invitée, je vais aller à la radio voir Truc pour parler de la philosophie de L’Paul, et puis ceci, et puis cela…
J’étais devenu un attaché de presse, un domestique, un homme de ménage, un chauffeur, un cuisinier et quand l’ancêtre voulait bien quitter momentanément notre couche, un amant de passage… Puis nos caresses, devenues furtives, s’espacèrent, et s’interrompirent complètement.

 

Pendant que je ressasse toutes ces vilaines pensées, je réalise que je n’entends plus rien, là haut. Elle a dû s’asseoir.

 

Ensuite, l’argent a commencé à manquer. Les droits du livre diminuaient d’année en année. Nous n’étions pas aux abois, mais…Les journaux oublièrent Julie qui, pour se garder un « air littéraire », était devenue correspondante du Dauphiné. La belle affaire ! Des comptes-rendus du conseil municipal, des billets – inspirés, mais quand même ! – sur la décoration du cordonnier, le centenaire du… centenaire, le dernier bouilleur de crû de l’Isère, la communion du petit, le départ en retraite de l’employé municipal…
Tout cela ne mettait pas beaucoup de beurre dans les épinards. De plus, le bois se vendait mal, et je commençais à songer aux licenciements…
« Je partirais », m’avait-elle dit une, deux, dix, vingt fois, trente fois peut-être !
Je ne la croyais pas. L’Paul, dans son cadre de bois doré, souriait toujours. Il avait mis un beau bordel chez nous, mais après tout, ce n’était pas de sa faute. Je ne lui en veux pas, et sa marmotte est bien rangée, dans la chambre du haut. A l’intérieur, ses cahiers, maintenant reliés de maroquin vert, reposent à côté de son alliance, et d’une kyrielle de petits animaux en bronze : chats, chiens, souris, cochons, vaches, minuscules poules. C’est tout ce qui reste de la boutique portative de L’Paul.
Et puis, tiens, je n’ai rien à reprocher à Julie !
Elle est partie, et alors ? J’étais devenu un sacré con, à force… Oui, à force… de quoi ?
Je remonte enfin de la cave, un peu ébloui par le soleil de cette fin de journée. Il fait diablement beau ce soir.
C’est l’heure exquise.

 

Julie a une drôle de tête, et des moustaches. Elle a revêtu un uniforme de couleur bleue orné çà et là de quelques breloques.
Mais ce n’est pas Julie.
C’est Guillaume, de la brigade de gendarmerie. Il s’est déplacé lui-même, tout gradé qu’il est. C’est un vieux copain et les nouvelles ne sont pas bonnes.
Mais pas bonnes du tout.
Il ôte son képi, fait son annonce réglementaire, avançe d’un pas, puis m’embrasse, comme jamais il ne l’a fait.

 

 

C’est un chasseur qui l’a trouvée dans un ravin, son vélo à côté d’elle. Elle était méconnaissable. Un accident tout simple, idiot.

 

 

 

Les journalistes sont revenus. Ils ont pris des photos de tout, partout, et je les ai laissé faire. La maison, le village, sont redevenus célèbres. Et des touristes sont arrivés au loin, puis plus près. Un jour j’en ai trouvé un dans la buanderie.
La société immobilière a fait une belle affaire. J’ai bradé presque tout aux brocanteurs puis j’ai fait venir un carton du « vieux campeur » : chaussures, matériel de survie, tente et tout le toutim.
Et j’ai quand même acheté une bagnole neuve. Faut pas exagérer.
Puis quand tout fut bouclé, liquidé, vidé.
Porte claquée.
Sac à dos et marmotte dans le coffre.
J’ai fait un crochet au cimetière. Sous les fleurs, on aperçoit à peine les noms gravés sur la pierre. Inutile de les lire. Je les connais. « Paul Viguier 1779-1850 » y repose à côté de « Julie Viguier 1967- 2008 ».
J’ai pleuré encore une fois, puis je suis parti à sa recherche.

Sur la route.

 

 

 

 » J’ai la nostalgie d’une de ces vieilles routes sinueuses et inhabitées qui mènent hors des villes.. une route qui conduise aux confins de la terre.. où l’esprit est libre… »

 

Henry David Thoreau

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