Inutile de chercher la grotte de Gabrielle d’Estrées à Montmartre. Elle a disparu depuis longtemps. Une plaque signalait au-dessus d’une assez jolie porte d’entrée, n°2 rue Cortot, que Gabrielle avait résidé ici. Une belle légende… Quand on descendait le jardin à flanc de coteau, on découvrait une chaumière où « le bon roi Henri » aurait vécu des amours heureuses en compagnie de la belle Gabrielle…
Se baigna-t’elle dans cette grotte qui ressemble avant toute chose à un agréable aménagement de jardin? On peut en douter… Mais nous pouvons regretter aujourd’hui la disparition de ces constructions pittoresques. Elle étaient un peu de l’âme de la Butte.
Suit un article paru dans Le Figaro du 10 octobre 1912 :
Tout en haut de la Butte, au numéro 2 de l’étroite rue Cortot, une porte vermoulue, percée d’un judas grillagé et qu’encadre un chambranle de pierre, donne accès sur un vaste jardin qui descend par étages vers la rue Saint-Vincent, à travers un inextricable enchevêtrement de ronces et d’arbustes.
A l’extrémité; un pont de pierre que flanque un double escalier domine un terrain vague encombré de matériaux de construction, et l’on aperçoit non loin la place où naguère encore s’élevait la Maison au toit de chaume, l’ancien pavillon de chasse de Henry IV, démoli depuis. C’est là, à l’angle des rues Saint-Vincent et Becquerel, que se cache, enclos de vieux arbres délabrés, un des plus curieux vestiges du Montmartre de jadis. En cet endroit, en effet taillé dans le rocher, que surplombe le pont, s’ouvre une grotte de rocaille. un saule dénudé l’abrite et marie aux feuillages de lierre et de jasmin qui tapissent le mur ses branches retombées.Une belle vasque de pierre blanche et lisse s’arrondit sur le sol au centre de la grotte.
Et tout récemment encore une tête de marbre représentant les traits d’Henri IV, s’encastrait sur le fond, à hauteur d’homme. L’eau d’une source prochaîne jaillissait autrefois de sa bouche, et le Roi Vert-Galant, faisant par aventure figure aimable de triton, dispensait à plusieurs joues, l’onde claire qui, rebondissait en cascades sur les coquilles de pierre incrustées dans le roc, ruisselait en bouillonnant au creux de la vasque. Telle est Ccette fontaine, où la tradition prétend que Gabrielle d’Estrées aimait jadis à se baigner, parmi le décor verdoyant des grands arbres.
Deux grottes latérales, creusées dans le rocher, plaident en faveur de cette légende pour le moins vraisemblable. Dans chacune, en effet, de larges bancs de pierre s’étalent, propices, comme allaient dire quelques lustres plus tard les précieuses habituées de l’Hôtel de Rambouillet aux « commodité dela conversation » et toutes deux pouvaient offrir à la belle baigneuse le plus discret refuge. Cependant, cet intéressant souvenir tombe en ruines; c’est à peine si, sur le rocher qui s’effrite, apparaissent encore, çà et là, quelques vagues silhouettes des poissons sculptés qui l’ornaient jadis; les coquilles de pierre s’écaillent et se brisent, des blocs se détachent et des fragments jonchent la terre.
Et bientôt, si l’on n’y prend garde, il ne restera rien de la baignoire de la Belle Gabrielle. Déjà, dernièrement, quelque promeneur peu scrupuleux passa par la et, depuis ce jour, le portrait de Henri IV a disparu. Le buste de Virgile qui du haut de son socle contemplait la fontaine et qu’il gardait peut·être au fond, de ses yeux vides tant de douces visions sylvestres, le buste a failli choir parmi l’herbe, et l’on a dû, pour le préserver d’une mortelle chute, l’arracher à sa rêverie bucolique. Ne pourrait-on sauver aussi la fontaine de la démolition? Celle-ci aura vite fait déterminer un jour prochain l’œuvre que le temps n’a pu achever encore.
Jaques Patin
Quelques vues d’un monde disparu à jamais, Montmartre d’autrefois :
2 rue Cortot : l’entrée du Parc de la Belle Gabrielle
La chaumière de Henri IV
Le toit de chaume donnant sur la rue Saint Vincent





Quelle charmante maison, avec sa petite allée bordée d’arbres, de buissons et de fleurs, le banc près de l’arbre qui invite à la conversation. Et moi qui rêve d’une maison à la campagne…J’aurai craqué pour celle-ci. Elle me fait penser à la maison de blanche neige.
A propos de la « Belle Gabrielle » Maurice Utrillo a peint en 1912 le cabaret « A la Belle Gabrielle » tenu par Marie Vizier au coin de la rue du Mont-Cenis et de la rue Saint Vincent. En existe-t-il une photo?
Bonjour,
Voici quelque documents :
—http://photomaniak.com/upload/out.php/i897917_UTRILLOlabelleGabrielle2.jpg
UTRILLO. Cabaret «la Belle Gabrielle». Daté 1914. Peinture à L’huile.
http://photomaniak.com/upload/out.php/i897916_UTRILLOlbelleGabrelle.jpg
UTRILLO . Cabaret «la Belle Gabrielle». Gouache. Non datée.
http://photomaniak.com/upload/out.php/i898086_MaisondeHENRIIVMONTMARTRE.jpg
Manoir de la belle Gabrielle, dit aussi «la Bergerie».
http://photomaniak.com/upload/out.php/i898086_MaisondeHENRIIVMONTMARTRE.jpg
Le puits du parc de la belle Gabrielle, 16 rue Cortot. 1904.
http://photomaniak.com/upload/out.php/i898086_MaisondeHENRIIVMONTMARTRE.jpg
Très joli cliché bucolique.
Belle journée.
POUR VOIR LE PUITS DU JARDIN ET LE MANOIR DE LA BELLE GABRIELLE VOICI LES LIENS QUI SONT ERRONNES DANS LE POST PRECEDENT :
http://photomaniak.com/upload/out.php/i898057_MANOIRGABRIELLEDESTREES.jpg
Manoir de la belle Gabrielle, dit aussi «la Bergerie».
http://photomaniak.com/upload/out.php/i898082_GABRIELLEPUITSDUPARC.jpg
Le puits du parc de la belle Gabrielle, 16 rue Cortot. 1904.
LE LIEN SUR LA TOILE D’UTRILLO N’A PAS L’AIR DE FONCTIONNER. VOIR CELUI-Ci :
http://photomaniak.com/upload/out.php/i897917_UTRILLOlabelleGabrielle2.jpg
UTRILLO. Cabaret de la «Belle Gabrielle». Peinture à l’huile. Daté 1914.
Merci à Mercattor mais j’ai la photo du tableau d’Utrillo, ce que je cherche est une carte postale ou une photographie ancienne sur laquelle figure le bistrot « A la Belle Gabrielle ».
Je n’ai pas réussi à me connecter sur les liens indiqués, dommage…
Qu’est devenu le parc de de la Belle Gabrielle?
Octave Charpentier le décrit en 1913 dans « A travers Montmartre » avec de superbes dessins de Henry de Marandat:
« Touchant à la maison de La Rose de Rosimond, voici maintenant le parc dit de la Belle Gabrielle, que la lourde imagination d’un barnum dénomma! « Butta-parc ». Bruta-Parc, eut certainement été d’une plus stricte éloquence-par allusion au refuge qu’il offrit, il y a quelques années, aux ouvriers grévistes du bâtiment. L’orchestre des vociférations populacières, magistralement conduit par les grands chefs des mouvements prolétariens, y fit taire les échos du vieux temps.
Et de ce parc désert, où le rêveur solitaire s’imaginait, parfois, entendre bruire des traines soyeuses, au ras du sol, voir, a travers les massifs, se glisser des ombres féminines aux pas effarouchés, apparurent soudain des tentes bariolées, des balançoires et des montagnes russes. Un bal sans grâce, un orchestre pleurard y triomphèrent; une cantine de terrain vague y sema ses relents.
Ce fut la profanation cynique; mais la justice immanente veillait sans doute: tout celà n’est plus! le calme et la solitude, respectueux du passé, ont reconquis cet aimable royaume et les jolis fantômes de jadis y peuvent, de nouveau, errer en paix – jusqu’à la venue du démolisseur, qui ne manque jamais son entrée »
Bonjour,
Hélène,
Pour les liens certains ne fonctionnaient pas mais ils ont été rectifiés. Vous devriez voir les documents. en ce qui concerne le cabaret de la « Belle Gabrielle » il est difficile d’en trouver une reproduction photographique, aussitôt que j’en trouverais une je la posterais ici.
j’ai lu le livre que vous mentionnez, je l’aime beaucoup et il y a quelques chansons en fin de volume.
Belle journée.
Ps : Il me semble que ce parc a été englobé par l’instauration des vignes de Montmartre dans les années 30. A vérifier.
Merci à Mercattore pour le tableau de 1914 que je ne connaissais pas.
Il doit y en avoir encore un autre car Francis Carco dans « La légende et la vie d’Utrillo » publié en 1928 fait cette description:
« En face, a écrit Utrillo qui s’est représenté dans une compostion burlesque, est le meilleur souvenir de ma vie. On l’aperçoit de dos, gravant sur la muraille, devant le cabaret de la Belle Gabrielle, ces lignes sibyllines dont, à coup sûr, Marie Vizier provoqua l’inscription, car elle figure sous l’enseigne du débit. Est-ce pour se moquer d’elle, ou la remercier de ses bons traitements que cet aveu si spontané inspira à l’artiste cette toile que j’aime beaucoup?. La toile date de 1912 et Utrillo, qui habitait quasiment chez Marie, a très bien pu vouloir la mystifier »