Gerard Roig : un ami est parti.

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L’ami Gérard, au parc Monceau, au temps de nos promenades fraternelles…

J’avais seize ans, et je me passionnais depuis peu pour une ville que je ne finissais pas de découvrir. Juste un peu avant, à la faveur de loisirs volés au collège, muni d’un plan de métro, j’étais parti à l’aventure, ticket de métro en poche et plan de Paris en main…

Mes samedis matin furent lumineux, incroyables, extravagants : alors que mes parents me croyaient un élève studieux et régulier, je m’échappais, volant du temps à l’éducation « officielle », pour faire mes universités parisiennes, en baskets, un peu honteux de mentir mais si heureux de mes découvertes. J’étais enfin seul, maître de mes mouvements. J’allais au Pré–Saint-Gervais, attiré par le nom si romantique de cette station de métro, à Notre-dame, aux Buttes Chaumont…

Puis un jour le pot aux roses fut découvert. Convoqué par le directeur du collège. Le bonhomme m’a laissé un drôle de souvenir, celui d’un monsieur très embêté :

-       Mais que faisiez-vous pendant tous ces samedis ?

-       Je me promenais…

-       Vous-vous promeniez, mais pour faire quoi bon sang ?

-       Pour découvrir Paris…

Je vois encore la tête de ce monsieur… Un peu étonné, un peu amusé mais voulant se donner la mine d’un directeur d’établissement sévère.

Le virus m’avait envahi. Paris ne m’étais plus étranger. Puis l’histoire de cette ville me passionna… J’écrivis une lettre à un journal pour demander des renseignements sur la cour du Dragon, disparue depuis longtemps. Mon adresse fut publiée avec ma lettre.

Quelque temps après, une enveloppe arrivait chez moi. Elle contenait la lettre d’un lecteur de ce journal, Gérard Roig, « vieux » d’un peu plus d’une quarantaine d’années. Il m’exposait dans son courrier sa passion pour Paris et son histoire, la belle littérature, les photographies anciennes montrant les aspects perdus de la capitale. Il avait copié de vieux plans, recherché les rues mentionnées dans les romans de Balzac et d’Hugo, filmé des immeubles voués à la démolition…

Après une longue conversation téléphonique, il vint chez moi, accueilli à bras ouverts par mes parents. Il était encore jeune, souriant, agréable, très cultivé et assez drôle.

Il me donna des livres sur Paris, la littérature et nous nous vîmes souvent, parcourant les rues d’une ville que nous aimions tous les deux à la folie.

Il était étonné de rencontrer un « jeune » passionné par toutes ces choses et moi j’étais heureux d’avoir un ami à l’écoute.

S’il n’avait pas été là, « Paris secret et insolite » n’existerait pas et je ne serais certainement pas devenu le drôle de loustic qui écrit ces lignes.

Nous ne nous sommes jamais perdus de vue depuis ce temps, déjà lointain. Lui s’est voué corps et âme à l’édition d’une revue, « Phonoscopie », consacrée aux artistes et microsillons d’avant-guerre, et moi j’ai continué de découvrir Paris…

Puis je fus témoin à son deuxième mariage.

Nous-nous sommes revus assez souvent chez lui, en compagnie de sa nouvelle femme – que je lui avais présenté ! – nous avons continué nos discussions parisiennes, entrecoupées de bonne histoires sur le music hall d’autrefois dont il était devenu un grand spécialiste.

Puis, au printemps dernier, une très vilaine maladie du nom de cancer a emporté mon ami au paradis, rapidement, brusquement, comme un  disque rayé qui se casse ensuite. Un silence pesant a suivi : la voix un peu chantante de l’ami Gérard ne résonnera plus à mes oreilles, je ne pourrai plus l’embrasser.

Si j’avais pu ouvrir la bouche au cimetière, je n’aurais pas parlé, non, j’aurais chanté :

C’est la romance de Paris

Au coin des rues, elle fleurit

Ça met au coeur des amoureux

Un peu de rêve et de ciel bleu

Ce doux refrain de nos faubourgs

Parle si gentiment d’amour

Que tout le monde en est épris

C’est la romance de Paris.

Adieu Gérard, et profite bien de tes longues, longues vacances en compagnie de Trenet, Brassens et de tous les artistes que tu as si bien servi. Quant à moi je n’ai pas fini de penser à toi au cours de mes longues promenades parisiennes car tu resteras mon éternel compagnon, celui qui, un jour, m’a montré la direction de la route enchantée…

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2 commentaires à “Gerard Roig : un ami est parti.”


  1. 0 Baudelaire 26 août 2011 à 20:15

    Il portait dans ses yeux la force de son cœur.
    Dans Paris son désert vivant sans feu ni lieux,
    Aussi fort qu’une bête, aussi libre qu’un Dieu …

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  2. 1 alain etienne 10 nov 2019 à 14:31

    la romance de l’oubli est commune aux humains…
    celle des illuminations et des poussières de lune l’est moins mais elle est si belle …
    moi aussi je suis non pas un amoureux de paris mais un cinglé de cette ville comme aurait dit certainement un autre fou jean christophe averty

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